Finalement, douze heures de bus la nuit, c'est crevant mais ça se fait, les enfants ont dormi tout le temps. Le plus dur a été l'arrivée à l'hôtel de São Mateus, aux escaliers acérés (super pour Maya) et à la chambre ultra exigüe. Du coup le lendemain on a repris illico deux bus pour rejoindre le petit village d'Itaúnas (Etat d'Espiritu Santo). Cet endroit de pêcheurs s'est reconverti dans le tourisme de masse depuis le classemenet de la zone en parc naturel, et dans le forró (danse style lambada). En haute saison, la vie de village doit être absolument frénétique vu le nombre époustouflant de pensions pour un si petit endroit. Mais en avril, basse saison, c'est désert et le village est emprunt d'une douce langueur atlantique.
On dirait, à part les pêcheurs, que les gens ne font rien. Je suis allée tout à l'heure à la Poste, la guichetière était en grande conversation avec sa mère et son fiston. Quand je lui ai demandé si je pouvais poster un courrier, elle m'a répndu avec un sourire tranquille : "impossible, on est en grève". Sa mère lui glisse subrepticement : "allez, fais-le !", et elle me prend mon courrier. "Ah bon" dis-je, "il n'y a pas grève ?". "Non, c'est fini" me dit-elle. Une vraie caricature de la Corse...
Ce matin aussi, je vais sortir les poubelles, et trouve le camion des éboueurs arrêté en pleine rue. Intriguée, je m'approche. Les éboueurs avaient escaladé la montagne de déchets du camion pour atteindre les branches d'un arbre fruitier, et se faisaient royalement une petite collation de dix heures...

L'avantage de tout ça, c'est que la rareté du touriste fait chuter les prix : on loue une petite maison avec un grand jardin pour une bouchée depain (10 euros). Nos journées se passent à la plage (1 heure de marche aller-retour) ou sur le bord du fleuve. On discute aussi avec les pêcheurs qui braconnent dans le fleuve. Depuis le classement de la zone en parc, un certain nombre de pratiques sont interdites (pêche en fleuve, déboisement, brûli), mais les gardes sont les cousins du coin et ferment docilement les yeux... Donc ça continue...