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Après quelques jours près de Récife pour gôuter à l'ambiance forró des préparatifs de la St Jean, nous voici dans le petit village de Balbino, à 50 km de Fortaleza. On doit y être les seuls touristes. Les 1ères maisons "à louer" commencent tout juste à faire leur apparition. Je vois une affiche "Grande fête le 15 et 16 juillet à Balbino, 22 ans de lutte et de résistance". Nous louons par ailleurs une maison dans la "rue de la Victoire". Nous nous rendons à la "Barraque de l'Espérance" pour discuter avec une petite vieille (qui doit en fait avoir la cinquantaine) qui a été le moteur de toute cette histoire. Elle est elle-même analphabète et mère de huit enfants, son mari est pêcheur.
Elle nous explique avec une détermination qui sent la coriace qu'il y a 22 ans donc, une entreprise immobilière puissante a tout bonnement pris posession des terrains litoraux de la commune, arguant que les terres n'appartenaient à personne, les pêcheurs du coin n'ayant aucuns titres de propriété officiels. En deux jours, les bulldozers viennent creuser et planter des plots délimitant la zone, et assécher la mangrove du coin dont la faune crevé immédiatement immédiatement.
La mémé organise la résistance, mobilisant tout le village. "Nous étions comme des fourmis attaquant un éléphant !" dit-elle. Commence alors une période de menaces et d'intimidations de la part de l'agence immobilière. Sa maison (plutôt une barraque en paille) est brûlée trois fois, comme celles de ses enfants. Elle est agressée plusieurs fois par les sbires de l'agence et les gars sans scrupules lui collent un révolver sur la tempe et au niveau du coeur pour qu'elle comprenne.
Mais la guerrière tient bon, elle rameute journalistes, IBAMA (Organisme de défense de l'environnement), ONG étrangères, et monte un dossier qu'elle va présenter au juge du coin. Ce dernier, acheté par l'agence, n'ouvre même pas le dossier. L'histoire n'intéresse pas non plus le Préfet qui trouve le déroulement des choses tout à fait normal.
Mais l'opiniâtreté de la bougresse aboutit à la constitution trois ans plus tard d'un dossier solide. La justice mettra dix ans à se prononcer, pour finalement se rendre à l'évidence : les terrains convoités appartiennent bien au petit peuple de Balbino.
Aujourd'hui, la mémé a toujours les yeux brillants. Elle dit de manière touchante : "Quand je vois chaque jour la beauté retrouvée de notre mangrove, et les maisons que construisent nos jeunes sur cette belle terre, je remercie Dieu de m'avoir donné le courage et la force de lutter".
Je vous tire ma révérence mémé. Quel exemple... |
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Nasser