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Notre voisin Ramón nous invite à la clôture d'un projet commmunautaire intéressant : une entreprise hydroélectrique veut construire un barrage apparemment dévastateur pour l'environnement local. Pour se donner bonne conscience, elle finance dans une petite ville concernée des activiés tournées vers... la préservation de l'environnement (!). Les habitants ont donc opté pour la professionnalisation d'adolescents dans l'artisanat à base de bois de cocotier, et la sensibilisation de ces mêmes ados aux problèmes environnementaux par le théâtre. Thême de la pièce : protestation contre le projet de barrage en question ! On trouve ça bien sympa comme idée.
Pour se rendre à Taboquinhas, donc, il faut louer un véhicule. En effet de fortes pluies (c'est l'hiver ici) ont crée d'énormes trous dans la piste et le bus ne passe plus. A l'aller, on se fait arrêter par les flics. Bon, c'est sûr, on est parti avec un couple d'amis, on est 4 adultes et 4 enfants dans la petite jeep, sans ceintures à l'arrière, ils n'aiment pas trop. Ils nous font un sermon appuyé et nous disent finalement : "bon, on a bon coeur, allez-y. Mais ne recommencez pas, hein ?". Oui Monsieur, merci Monsieur, et c'est pari.
Notre voisin, coordinateur du projet, aurait dû arriver sur place le matin mais il est introuvable. Il arrive 10 minutes avant le début du départ du cortège, l'oeil torve, complètement défoncé. On ne sait pas ce qu'il a pris mais ça doit être très fort ou très blanc. La petite troupe entame la pièce et je retrouve cette capacité à l'indignation et à la résistance qui m'avait impressionnée à Balbino. Les voix des apprentis acteurs ont quand même bien du mal à couvrir les gloussements des gars qui lorgnent sur les filles, les cataclop des chevaux qui sillonnent la place (mais pourquoi y-a-t'il autant de cavaliers sur cette place ?) et les télés des petits bars alentour.
(sur la photo : "la forêt sur piedn'est pas le problème mais la solution")
La fête n'est pas finie mais les enfants sont épuisés d'avoir joué tout leur saôul avec les gamins du coin, et on fait nos adieux. Sur le chemin du retour, Yohel en grande discussion n'anticipe pas un trou béant et la jeep saute en l'air telle une crêpe bretonne en forme. Tous les passagers ont le postérieur endolori. Le véhicule repart et la jeep se transforme alors en une immense râpe à carottes géantes au soir d'une orgie végétarienne. On a cassé un amortisseur. Yohel et Nicolas, tels des Olivier Kersozon du dimanche, se suspendent à l'extérieur de la jeep pour faire contrepoids, bravant la tramontane amazonienne en fumant des clopes.
Tout va bien, on roule à 5 km/h, mais il va bientôt falloir passer l'épreuve suivante : repasser devant les mêmes flics zélés ! Une minute avant le poste, les deux skeepers des temps modernes réintègrent le véhicule. On essaye de passer inaperçus mais on roule toujours à 5 km heure et le bruit des carottes râpes est plus intense que jamais. On retient notre respiration, on arrive au niveau du poste.
Que se passe-t-il ? Phénomène étrange, aucun représentant de la loi ne se trouve sur le macadam... Une fenêtre éclairée nous laisse entrevoir le pot aux roses : telles des mouches euphorisées par l'odeur d'une bouse du jour, les policiers s'agglutinent autour d'un écran allumé. C'est le match du dimanche soir. On passe comme des fantômes.
Magnifique. Merci le foot.
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